Témoignages

« Informer les employé-e-s de l'importance de bouger, ce n'est pas suffisant : ce qui incite vraiment, c'est d'avoir des environnements favorables, des lieux pour bouger, des incitatifs. »

« Informer les employé-e-s de l'importance de bouger, ce n'est pas suffisant : ce qui incite vraiment, c'est d'avoir des environnements favorables, des lieux pour bouger, des incitatifs. »

Jean-François Lamoureux œuvre depuis plus de 15 ans auprès des organisations dans le domaine de la santé mieux-être et de l'activité physique. À titre de Kinésiologue à Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec Universitaire et ambassadeur de coesion SP, il accompagne des milieux de travail de différentes tailles dans la mise en place d'initiatives favorisant les saines habitudes de vie.

Dans cette entrevue, il nous partage sa vision de l'évolution des pratiques en entreprise et livre plusieurs conseils concrets pour favoriser la santé mieux-être et l'activité physique au travail. Bonne lecture!

Vous êtes au contact des organisations depuis plus de 15 ans. Est-ce que la culture actuelle des entreprises au Québec est plus propice à l'adoption de saines habitudes de vie ? Percevez-vous une évolution ces dernières années, notamment post-COVID ?

« Une énorme différence, et ce, dans tous les types et toutes les tailles d'entreprises. Dans les premières années, on accompagnait surtout des entreprises structurées, avec de grosses équipes RH et plus de moyens à investir. Maintenant, on accompagne aussi des petits milieux d'une trentaine d'employé-e-s qui comprennent l'importance d'offrir des environnements favorables.

La rétention et l'attraction, ce sont deux mots qui reviennent constamment. On voit de plus en plus d'entreprises qui engagent des kinésiologues. Juste à Drummondville, on a quatre entreprises qui ont un ou une kinésiologue à temps plein sur la liste de paie. Avant, l'employeur se disait un peu « de quoi je me mêle », il ne voyait pas toujours l'importance de son rôle. On s'est rendu compte qu'informer les employé-e-s de l'importance de bouger, ce n'est pas suffisant : ce qui incite vraiment, c'est d'avoir des environnements favorables, des lieux pour bouger, des incitatifs. Les employeurs l'ont compris, un peu comme les municipalités. »

Selon votre expérience, quels sont les enjeux propres aux petits milieux de travail ?

« Il y a d'abord la question du budget. Dans une petite entreprise, c'est un peu comme une ruche d'abeilles : tout le monde travaille très fort, et quand il manque du monde, ça paraît beaucoup. Le programme de santé-mieux-être, contrairement au programme de santé-sécurité, est souvent ce qui est mis de côté en premier lorsqu'un imprévu survient. Mais il y a aussi des avantages : la communication est plus facile, on n'a pas besoin de gros sondages organisationnels, ça peut se faire de bouche à oreille. Et au final, tout part de l'engagement de la direction. »

D'après votre expérience personnelle, qu'est-ce qui bloque les organisations dans la mise en place de programmes structurés en santé mieux-être ?

« Il y a l'engagement de la direction et le timing. Quand une entreprise vit une crise, ce n'est clairement pas le moment de lancer un programme de santé mieux-être. Il faut d'abord éteindre les feux. Et plus l'entreprise est grande, avec des paliers hiérarchiques, des avocats qui vérifient chaque détail, plus c'est long à mettre en place, ça prend de la patience. Dans une petite entreprise, en lien direct avec la direction, c'est beaucoup plus facile. Un bon timing : c'est une entreprise qui roule bien, sans négociation syndicale ni mise à pied en vue.
Le programme de santé mieux-être, ce n'est pas quelque chose qui va transformer l'entreprise à 100 %, mais c'est un outil de plus dans le coffre : ça vient démarquer un employeur par rapport à un autre dans la même catégorie, en matière d'attraction et de marque employeur. »

Comment voyez-vous la relation entre coesion SP et Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec Universitaire ? Comment nos approches peuvent-elles être complémentaires ?

« On est vraiment très heureux d'être ambassadeur. C'est important de préciser que ce n'est pas Jean-François Lamoureux l'ambassadeur, c'est Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec Universitaire, par l'entremise de la Direction de santé publique.

Pour nous, ça amène une crédibilité auprès des entreprises et c'est une marque de reconnaissance. coesion SP, c'est une petite équipe qui ne peut pas toujours mettre du temps sur un seul milieu de travail à la fois. Nous, on peut offrir ce service de proximité dans notre région : on fait de l'accompagnement à la pièce, on siège sur des comités de santé mieux-être d'entreprises pour donner notre avis, proposer des meilleures pratiques. C'est un très bon complément : coesion SP, c'est la base, le grand volet global, et nous on intervient de façon plus spécifique dans notre région. »

À Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec Universitaire, vous avez mis en place des communautés de pratique. Pouvez-vous nous en parler ? Est-ce que ça fonctionne bien ?

« Dans les engagements des ambassadeurs, il y a celui de proposer une action auprès des entreprises qu'on accompagne. Depuis trois ans, on a notre propre communauté de pratique, avec 5 à 6 rencontres par année. On a un bassin d'environ 125 à 150 entreprises membres de notre page Facebook, à différents degrés d'accompagnement. On touche les saines habitudes de vie, mais aussi d'autres sphères, en développant des partenariats avec d'autres organismes.

Il y a habituellement une douzaine d'entreprises présentes à chaque rencontre. On a fait passer un sondage récemment et les entreprises qui participent semblent en tirer profit. On demande à nos présentateurs d'arriver avec des outils et des idées concrètes, pas du théorique : les rencontres durent 45 minutes et l'objectif, c'est que chaque entreprise reparte avec au moins une nouvelle idée.

Ça permet aussi à des entreprises très différentes, par exemple une manufacturière et un centre de services scolaire, d'échanger leurs meilleures pratiques et de les adapter à leur propre réalité. »

En tant qu'expert de l'activité physique, auriez-vous des conseils pour aider nos lecteurs et lectrices à bouger davantage au travail ? Que recommanderiez-vous aux individus et aux organisations pour favoriser l'activité physique en milieu professionnel ?

« Je dirais de ne pas toujours focusser sur le fameux gymnase en milieu de travail : il y a beaucoup d'autres options. On peut, par exemple, utiliser les événements sportifs de sa région comme finalité, mais pour que l'expérience soit agréable, il faut une préparation en amont : embaucher un ou une kinésiologue ou un préparateur physique pour entraîner les employé-e-s avant le jour J.

Un des grands freins, c'est souvent la famille : le conjoint ou la conjointe qui ne veut pas rester seul avec les enfants. La recette gagnante, c'est d'inclure la famille dans les activités : chez nous, plusieurs entreprises participent à une course en invitant les familles à s'inscrire et en payant les frais. C'est doublement payant, parce que les saines habitudes acquises au travail se transportent à la maison.

Je proposerais aussi des activités saisonnières, environ quatre fois par année : une initiation à la raquette, à la montagne, un team building à l'intérieur, et de s'assurer que la programmation mise sur le plaisir plutôt que sur les habiletés physiques. Si on vise toujours des activités trop exigeantes, on risque de perdre la moitié des employé-e-s. Il faut donc offrir différents niveaux d'intensité pour que l'ensemble des employé-e-s se sente concerné. »
 

Par Sébastien Dubessy

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