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Mieux vivre avec le travail de nuit

Mieux vivre avec le travail de nuit

Le travail de nuit fait partie intégrante de la structure de plusieurs milieux de travail. Pour ces organisations, il demeure un élément important à considérer pour la santé et le mieux-être des travailleur-euses. Dans cet article, nous nous penchons sur cette réalité du terrain et tentons d’apporter de nouvelles pratiques et outils destinés à ces équipes indispensables au fonctionnement continu de nos organisations. 

Les défis et enjeux 

Dormir de jour est un défi physiologique et social. Plusieurs travailleur-euses n’y parviennent tout simplement pas, ce qui entraîne de la fatigue chronique, une baisse de vigilance et parfois une remise en question du choix de carrière. Certain-e-s finissent par démissionner, faute de pouvoir maintenir un équilibre durable

Les horaires rotatifs, de type « 3-2-2-3 », reviennent souvent comme source d’instabilité. Le passage constant du jour à la nuit provoque une forme de décalage horaire hebdomadaire. Le corps, comme la vie sociale, peine à suivre. Le sommeil devient un élément central dans la planification de la semaine : chaque transition nécessite un ajustement, et les périodes de repos sont souvent compromises par la lumière, le bruit ou la vie familiale. 

Les fins de semaine de nuit représentent une épreuve particulière : il est difficile de dormir lorsque la maison est éveillée, les enfants actifs, et la vie sociale en plein mouvement. Plusieurs choisissent de « sauter » une nuit complète, ce qui accentue la fatigue accumulée. Avec les années, le vieillissement vient ajouter un défi supplémentaire : la capacité à récupérer diminue, rendant ces horaires encore plus exigeants. 

Dualité du travail de nuit 

S’il comporte des contraintes importantes, le travail de nuit offre aussi des avantages appréciés. Plusieurs travailleur-euses apprécient la flexibilité, la tranquillité et le sentiment de liberté que procurent ces horaires atypiques. Avoir de nombreuses journées libres permet de :  

  • Consacrer plus de temps à la vie de famille

  • Réduire les déplacements quotidiens ;  

  • Atteindre une forme d’équilibre personnel dans certains cas. 

Quelques pratiques à développer 

À travers cet article, nous avons recensé plusieurs initiatives actuelles et futures visant à soutenir les équipes de nuit :  

  • Amélioration des salles de pause : ajout de lampes solaires, mobilier plus confortable, ambiance propice à la détente ; 

  • Gestion des attentes dès l’embauche : il s’agit de s’assurer que la personne candidate est pleinement consciente des impacts potentiels sur sa santé et sa vie personnelle ; 

  • Programmes d’intégration et de formation spécifiquement conçus pour préparer les nouveaux-elles employé-e-s aux réalités du travail de nuit ; 

  • La formation initiale, si elle est trop dense, gagne à être suivie de rappels et de modules complémentaires quelques mois plus tard, une fois que l’expérience concrète du travail de nuit s’est installée ; 

  • Reconnaissance (souvent monétaires ou liés aux avantages sociaux) pour valoriser l’engagement des équipes de nuit ; 

  • Outiller les gestionnaires et les équipes 

    • Développer un coffre à outils regroupant références, conseils et ressources pour mieux accompagner les équipes de nuit. 

    • Former les gestionnaires à reconnaître les signes de fatigue et à créer des espaces de discussion bienveillants. 

    • Encourager la mise en place de communautés de pratique internes autour du sommeil et de la récupération. 

    • Trucs pour adapter les environnements de repos à la maison (aménager une pièce dédiée au sommeil, munie de rideaux opaques et d’une bonne insonorisation, partager des conseils simples d’isolation pour réduire la lumière et le bruit à la maison.) 

  • Soutenir la transition entre les horaires 

    • Partager des stratégies pour se préparer avant une séquence de nuit : par exemple, utiliser des lunettes solaires après le quart de travail pour limiter l’exposition à la lumière avant le sommeil. 

    • Planifier des périodes de récupération réalistes après les fins de semaine de nuit. 

  • Impliquer la famille 

    • Sensibiliser les proches à la réalité du travail de nuit : comprendre que le repos de jour est un besoin essentiel, non une préférence. 

    • Fournir de la documentation ou organiser des échanges pour favoriser la compréhension et la coopération à la maison. 

  • Renforcer la culture de soutien 

    • Favoriser le partage d’expériences entre les ancien-nes et les nouvelles recrues. 

    • Identifier des ambassadeur-rices capables d’accompagner, conseiller et rassurer leurs collègues. 

    • Maintenir des canaux de communication ouverts entre les équipes de jour et de nuit pour briser l’isolement et reconnaître les contributions de chacun-e. 

    • Déstigmatiser la fatigue : reconnaître qu’il est normal de se sentir épuisé-e à certains moments et pouvoir en parler ouvertement sans jugement favorise une culture organisationnelle plus saine. 

En conclusion, le travail de nuit restera toujours une réalité dans plusieurs secteurs. Mais il est possible d’en atténuer les effets négatifs par une meilleure compréhension, des pratiques adaptées et une culture organisationnelle bienveillante. Favoriser la santé et le mieux-être au travail passe par une reconnaissance des réalités vécues par chacun-e.  

 

Ressource suggérée : 

L'outil interactif gratuit « Mieux vivre le travail de nuit », créé par le Centre d'études avancées en médecine du sommeil de l'Université de Montréal, est une ressource en ligne conçue pour aider les travailleurs-euses de nuit à mieux gérer leur sommeil et leur santé. Cet outil comprend quatre modules qui permettent d'évaluer les effets du travail de nuit, d'identifier les obstacles au sommeil, de connaître le cycle du sommeil et de choisir des stratégies personnalisées pour améliorer l'équilibre de vie.  

Comment ça fonctionne ?  

  • Évaluation de l'impact : L'outil vous aide à évaluer comment le travail de nuit affecte votre corps et votre santé. 

  • Compréhension du sommeil : Vous apprendrez à connaître votre cycle de sommeil et les facteurs qui l'influencent. 

  • Identification des obstacles : Vous pourrez identifier ce qui vous empêche de bien dormir et trouver des solutions. 

  • Stratégies personnalisées : L'outil propose un carnet confidentiel pour prendre des notes et développer un plan d'action réaliste et adapté à votre situation. 

Pourquoi utiliser cet outil ?  

  • Gratuit et accessible : Il est disponible en ligne, gratuitement, pour aider les travailleurs de nuit. 

  • Basé sur la recherche : Il intègre 30 ans de recherches scientifiques sur le sommeil et la médecine du travail. 

  • Évaluations positives : Des travailleurs-euses de nuit ont déjà utilisé l'outil et l'ont trouvé utile et réaliste. 

Pour accéder à l'outil : http://formations.ceams-carsm.ca/travailleurs_de_nuits/ 

 


Les idées et astuces partagées dans cet article proviennent d’une récente rencontre de communauté de pratique SMET. Pour en savoir plus ou pour participer à l'une de nos communautés de pratiques, nous vous invitons à consulter notre page web dédiée aux différentes communautés de pratique en région

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