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Proche aidance et travail : un équilibre fragile pour des milliers de Québécois

Proche aidance et travail : un équilibre fragile pour des milliers de Québécois

Concilier travail, famille et responsabilités de proche aidant-e demeure un défi majeur pour une part importante de la population active au Québec. C’est ce que révèle l’édition 2025 d’un sondage réalisé par Léger pour le Réseau pour un Québec Famille (RQF), auprès de plus de 3 000 travailleurs-euses québécois-e-s qui sont parents et/ou proches aidants.

Le portrait qui se dégage est clair : si plusieurs organisations offrent aujourd’hui des mesures de conciliation famille-travail, les besoins restent importants et les pressions vécues par les travailleurs-euses (particulièrement ceux/celles qui cumulent plusieurs responsabilités) demeurent élevées.

Une réalité qui touche de nombreux travailleurs-euses

Au Québec, la proche aidance concerne un grand nombre de personnes qui occupent un emploi à temps plein, et soutiennent un parent, un-e conjoint-e ou une autre personne en perte d’autonomie. 

Le sondage révèle que les proches aidant-e-s interrogé-e-s vivent souvent dans des contextes familiaux déjà exigeants. En effet, 65 % d’entre eux/elles vivent avec un-e conjoint-e, et plusieurs ont également des enfants à charge. Chez les répondant-e-s qui sont aussi parents, 82 % d’entre eux ont leurs enfants avec eux/elles à temps plein. Pour plusieurs travailleurs-euses, cela signifie donc jongler simultanément avec trois sphères importantes :

  • Les responsabilités professionnelles ;

  • Les obligations familiales liées aux enfants ;

  • Les besoins d’un-e proche nécessitant de l’aide.

Cette réalité, parfois appelée « génération sandwich », place les individus au cœur de multiples attentes et responsabilités.

Une conciliation famille-travail toujours source de stress

Malgré les efforts de certaines organisations pour soutenir leurs employé-e-s, la conciliation entre travail et responsabilités familiales reste un défi important.

Le sondage indique que plusieurs travailleurs-euses vivent un niveau de stress élevé lié à la conciliation famille-travail. La pression augmente encore davantage dans certaines situations, notamment chez les parents d’enfants ayant des besoins particuliers (ex : retard de développement global, trouble de langage, hyperactivité, trouble de l’attention, trouble anxieux, trouble de comportement, etc.).

Dans ces contextes, la gestion du temps, les obligations imprévues et la fatigue accumulée deviennent rapidement des facteurs de tension. Les personnes proches aidantes doivent souvent adapter leurs horaires, prendre des congés ou gérer des urgences liées à la santé d’un proche. Ce stress n’est pas sans conséquence : il peut affecter la santé mentale, la productivité au travail et la satisfaction professionnelle.

Des mesures de soutien présentes, mais parfois insuffisantes

La bonne nouvelle est que la grande majorité des travailleurs-euses interrogés (89 %) disent avoir accès à au moins une mesure de conciliation famille-travail offerte par leur employeur. En moyenne, les répondant-e-s disposent d’environ 2,5 mesures de soutien, qui peuvent inclure par exemple :

  • Des horaires flexibles ;

  • Du télétravail ;

  • Des congés familiaux ;

  • Certaines accommodements ponctuels.

Ces mesures représentent un levier important pour aider les employé-e-s à mieux gérer leurs responsabilités.

Cependant, leur simple existence ne garantit pas leur utilisation. Plusieurs travailleurs-euses mentionnent encore des obstacles liés à la culture organisationnelle, au manque de clarté des politiques ou à la perception que ces mesures pourraient être mal vues.

L’importance de la culture organisationnelle

Au-delà des politiques formelles, la culture de l’organisation joue un rôle déterminant.

Selon le sondage, 71 % des répondant-e-s perçoivent leur employeur comme étant favorable à la conciliation famille-travail. Cette perception positive peut faire une réelle différence dans la capacité des travailleurs-euses à utiliser les mesures disponibles.

Lorsque l’environnement de travail est ouvert et compréhensif, les employé-e-s se sentent davantage à l’aise de demander de la flexibilité ou d’expliquer leurs contraintes personnelles. À l’inverse, lorsque la culture organisationnelle valorise surtout la performance, la disponibilité constante ou les longues heures de travail, plusieurs employé-e-s hésitent à utiliser les ressources mises à leur disposition.

Cette dynamique démontre que la conciliation famille-travail ne repose pas uniquement sur des politiques écrites, mais aussi sur les attitudes des gestionnaires et des collègues.

Le télétravail et le mode hybride : des alliés imparfaits

La pandémie a accéléré la transformation des modes de travail, et le télétravail demeure aujourd’hui une composante importante de la conciliation famille-travail. Pour plusieurs travailleurs-euses, le mode hybride facilite la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Parmi ceux/celles qui y ont accès, une forte proportion considère qu’il s’agit d’un facteur positif. Le télétravail peut notamment permettre d’économiser du temps de déplacement, de mieux gérer certaines obligations familiales, ou d’adapter son horaire plus facilement.

Cependant, cette formule n’est pas exempte de défis. Certains répondant-e-s soulignent par exemple la difficulté de se déconnecter du travail, une diminution du soutien des collègues ou des supérieur-e-s, ou un brouillage des frontières entre la vie professionnelle et personnelle. Autrement dit, si le travail hybride peut faciliter la conciliation, il doit être bien encadré pour éviter de créer de nouvelles sources de pression.

Quand la conciliation influence les choix de carrière

Les enjeux de conciliation famille-travail ne sont pas seulement une question de bien-être individuel : ils influencent aussi les décisions professionnelles. Le sondage montre que le désir d’obtenir de meilleures conditions de conciliation peut jouer un rôle important dans les changements d’emploi.

Parmi les personnes ayant changé de travail au cours des deux dernières années, plusieurs indiquent que cette motivation a été déterminante dans leur décision. Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, cette réalité envoie un signal clair aux employeurs : offrir des conditions favorables à la conciliation n’est plus seulement un avantage, mais un véritable facteur d’attraction et de rétention.

Les proches aidant-e-s : une réalité encore trop invisible

Malgré leur présence importante dans la population active, les personnes proches aidantes restent souvent peu visibles dans les milieux de travail. Une personne proche aidante sur trois évite de révéler sa situation au travail, dont la moitié par crainte de jugement ou de perte d’opportunités.

Pourtant, soutenir ces travailleurs-euses représente un enjeu social majeur. La population québécoise vieillit, et les besoins en soutien informel devraient continuer d’augmenter au cours des prochaines années. Les milieux de travail seront donc appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans la reconnaissance et l’accompagnement des proches aidants car, d’après les résultats du sondage, seul-e-s 34 % des répondant-e-s estiment que ces mesures sont suffisantes pour répondre à leurs besoins.

Des pistes d’action pour mieux soutenir les travailleurs-euses

Le sondage met en lumière plusieurs leviers qui pourraient encourager les employé-e-s à utiliser davantage les mesures de conciliation disponibles. Parmi les pistes évoquées :

  • Une formalisation plus claire des politiques de conciliation ;

  • Une meilleure communication des mesures existantes ;

  • Une sensibilisation accrue des gestionnaires aux réalités familiales et de proche aidance.

Les travailleurs-euses mentionnent également l’importance que les organisations évaluent régulièrement les besoins de leurs employé-e-s en matière de conciliation. Une approche proactive permettrait d’adapter les pratiques aux réalités changeantes des travailleurs-euses et d’éviter que certains besoins passent inaperçus.

Vers des milieux de travail plus humains

Les résultats de cette étude rappellent que la conciliation famille-travail est devenue un enjeu central dans la vie professionnelle moderne. Pour les personnes proches aidantes, la capacité de concilier ces différentes responsabilités peut faire la différence entre l’épuisement et un équilibre viable.

Les organisations qui reconnaissent cette réalité et qui mettent en place des environnements de travail flexibles, bienveillants et ouverts contribuent non seulement au bien-être de leurs employé-e-s, mais aussi à leur engagement et à leur fidélité.

Dans un contexte où les frontières entre vie personnelle et professionnelle sont de plus en plus poreuses, soutenir les travailleurs-euses dans leurs multiples rôles apparaît comme un investissement primordial pour l’avenir du travail.

Pour consulter le rapport au complet : Sondage auprès des travailleur(-euse)s du Québec

Pour vous soutenir dans vos initiatives de conciliation : Trousse d'outils Concilivi 

 



Méthodologie

Le sondage a été réalisé en ligne auprès de 3 014 travailleurs québécois, incluant 1 177 proches aidants, entre le 2 et le 18 mai 2025.  Les résultats ont été pondérés pour refléter la diversité des répondants en termes de genre, âge, langue maternelle, région, scolarité et présence d’enfants dans le ménage.  Les données de cette édition ont été comparées aux études précédentes de 2024 et 2023 pour observer les évolutions. 
 

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