Le blogue santé
mieux-être au travail

"Dans les périodes d’instabilité, le milieu de travail peut devenir un filet de sécurité extrêmement protecteur… ou au contraire, un lieu qui épuise complètement les gens."

Nous avons rencontré Renée Ouimet, directrice générale du Mouvement Santé mentale Québec et ambassadrice de coesion SP, pour discuter de santé mentale et de santé mieux-être au travail. Entre expériences personnelles et conseils concrets, elle nous livre un portrait inspirant de ce que signifie créer des milieux de travail plus humains et respectueux du bien-être des employé-e-s.

Vous avez une formation en psychothérapie et été psychothérapeute pendant plusieurs années avant de devenir directrice du Mouvement Santé mentale Québec. Votre engagement en santé mentale est-il une vocation ?

« Je dirais que, depuis toujours, je travaille en promotion de la santé. La promotion, c’est agir auprès de l’ensemble de la population pour renforcer les capacités des personnes, des collectivités et des communautés. J’ai fait ça de mille et une façons au fil de ma carrière.
Quand le poste au Mouvement Santé mentale Québec s’est ouvert, j’ai vu un lien très fort avec tout mon parcours. J’ai une formation en psychosociologie communautaire, en communication et en psychothérapie. J’aime beaucoup l’approche collective. C’était l’occasion de réunir toutes ces compétences pour agir en promotion de la santé mentale. »

Comment décririez-vous le rôle du Mouvement Santé mentale Québec ?

« Le Mouvement Santé mentale Québec est un regroupement d’organismes communautaires à travers le Québec. Notre mandat commun est la promotion et la prévention en santé mentale. 
À partir de là, on développe des stratégies pour parler à la population de ce qui aide à maintenir une bonne santé mentale. On mène une campagne annuelle et on crée des outils pour différents publics : les jeunes, les adultes, les aîné-e-s et les milieux de travail. On donne aussi des conférences et on fait des interventions.
Tout ce qu’on produit est fait en collaboration avec des expert-e-s : des chercheur-euse-s, des gens de terrain, des spécialistes du sujet. »

Selon-vous, la culture actuelle des entreprises au Québec permet-elle réellement de préserver la santé mentale des travailleur-euse-s ? Observez-vous une évolution, notamment depuis la pandémie ?

« On en parle beaucoup plus, c’est vrai, mais la performance et les bénéfices demeurent les priorités. Souvent, lorsqu’on nous invite à donner des conférences, on nous demande de ne pas parler de la gestion. On peut aborder ce que les individus peuvent faire pour améliorer leur santé mentale, mais l’impact de l’organisation du travail demeure un sujet délicat. »
« De façon générale, le fait que le bien-être des employé-e-s soit une richesse pour l’organisation est compris intellectuellement, mais se traduit difficilement dans les façons de faire. Certaines organisations le font, mais elles sont minoritaires. 
De plus, lorsqu’on amorce une démarche de santé mieux-être, on agit plus facilement sur des activités individuelles que sur l’organisation du travail elle-même. Pourtant, ce qui revient constamment dans nos conférences, c’est le sentiment de surcharge et de débordement, dans une très forte proportion. »

Pensez-vous que les organisations consultent et communiquent suffisamment avec leurs employé-e-s lorsqu’il s’agit de mettre en place des initiatives de santé mieux-être ? 

« Il y a beaucoup de bonnes intentions. Parfois, des gestionnaires mettent en place des initiatives avec cœur, sans consulter les employé-e-s. Par exemple, offrir de la course à l’heure du lunch alors que la majorité des employé-e-s n’aime pas courir, mais que le ou la gestionnaire, lui ou elle, aime ça.
Sonder est donc important, mais il faut aussi agir ensuite ; sinon, on peut créer une perte de sens et du désespoir.  
Il est tout aussi essentiel de communiquer les résultats du sondage, pour montrer que, même si tout ne peut pas être mis en place immédiatement, les actions retenues correspondent aux priorités exprimées par les employé-e-s. »

Selon vous, est-ce que le fait que les gestionnaires et la direction donnent l’exemple en matière de santé mentale et de pratiques SMET est déterminant ? 

« C’est fondamental. Si les directions ne prennent pas de pauses, n’envoient pas le message qu’il est permis de ralentir, on n’encourage personne à le faire. Même si je n’impose pas la façon de prendre une pause, je rappelle l’importance d’en prendre. Les gestionnaires sont des modèles, qu’ils le veuillent ou non. »

Dans le contexte actuel d’instabilité économique et politique, certaines organisations songent à cesser leurs programmes de santé mieux-être. Qu’en pensez-vous ? 

« Je pense qu’il existe mille et une nuances entre tout arrêter et maintenir un programme lourd. Arrêter complètement, c’est une très mauvaise idée. Mais transformer, simplifier, adapter, oui.
On peut consulter les équipes, créer un comité, ajuster les façons de faire sans nécessairement avoir un « grand programme ». Il y a énormément de choses qui ne coûtent pas d’argent : mieux communiquer, régler les conflits rapidement, être à l’écoute, donner de l’information.
Dans les périodes d’instabilité, le milieu de travail peut devenir un filet de sécurité extrêmement protecteur… ou au contraire, un lieu qui épuise complètement les gens. Le bien-être au travail est une richesse, pour les organisations et pour la société. »

Comment voyez-vous la relation entre coesion SP et le Mouvement Santé mentale Québec ?

« On veut fondamentalement la même chose : le mieux-être au travail. Il existe plusieurs portes d’entrée pour les organisations, et plus il y a d’acteurs qui agissent et en parlent, plus les organisations peuvent trouver ce qui leur ressemble. 

Le Mouvement Santé mentale Québec aide à faire connaître le travail de coesion SP et rend visibles ses outils et ressources développés pour les milieux de travail. Cela fait plus de 15 ans que nous travaillons en partenariat sur divers dossiers. De plus, des expert-e-s de coesion participent régulièrement à nos comités consultatifs lorsque nous développons du contenu pour les organisations.  

coesion SP, pour sa part, permet d’orienter les organisations vers des ressources adaptées à leurs besoins, avec des approches variées. C’est une grande force. Plus les outils sont connus, accessibles et diversifiés, plus les organisations peuvent avancer à leur rythme. » 


Pour rappel, depuis 2018, le Mouvement Santé mentale Québec mène chaque année une campagne pour présenter l’une de ses sept astuces pour se recharger. Cette année, le thème est « Se ressourcer : trouver sa zone de recharge ». De nombreuses ressources sont disponibles ici.
 

Par Sébastien Dubessy

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